ZAO, Wou-ki (1921 – 2013)

ZAO Wou-Ki (1921-2013) in his studio

ZAO, Wou-Ki (1921 - 2013)

Biographie

Zao Wou-Ki, né le 1er février 1921 à Pékin, et mort le 9 avril 2013 à Nyon, Suisse. Il est un peintre et graveur chinois naturalisé français en 1964.

Il est rattaché, dans les années 1950, à la nouvelle École de Paris, puis à l’abstraction lyrique.

Son œuvre est vaste. Elle comprend les peintures réalistes de ses premiers tableaux de 1935 à 1949, qui sont surtout des portraits, quelques natures mortes et des paysages, ainsi que des huiles sur toiles de grands formats inspirées de Paul Klee qui tendent vers l’abstraction.  À partir des années 1950, l’abstraction et puis l’abstraction lyrique dans les années 1960, ainsi que des encres de Chine, des calligraphies.

Très vite apprécié en Occident, il devient ami de Pierre Soulages, de Joan Miró, de Henri Michaux, il est reconnu par son propre pays vers 1983. À cette date, il est accueilli à Pékin où ses œuvres sont exposées au Musée national de Chine.

Élève très doué, passionné de littérature, Wou-Ki dessine et peint dès l’âge de dix ans. Sa famille ne décourage pas le garçon de poursuivre dans cette voie, sauf lorsqu’il lui prend la fantaisie de peindre ses motifs sur les assiettes familiales datant du XIIe siècle. Son grand-père lui apprend à observer et apprécier la calligraphie à laquelle il accorde une très grande importance parce qu’il la considère comme un art, et non pas seulement comme une technique, parce qu’elle transmet une émotion. L’aïeul calligraphie lui-même au dos de chaque feuille des notes et des dessins représentant le sujet que désigne chaque caractère.

En 1935, Zao Wou-Ki entre, à quatorze ans, à l’école des beaux-arts de Hangzhou après avoir réussi l’examen d’entrée qui consiste à dessiner une statue grecque d’après moulage. Il étudie pendant six ans le dessin d’après des plâtres puis des modèles, la peinture à l’huile, la peinture traditionnelle chinoise par des copies et, de façon plus théorique, la perspective à la manière occidentale et la calligraphie. Ce n’est qu’en sixième année que les élèves abordent la peinture à l’huile. Mais l’élève n’attend pas qu’on lui donne des cours et il s’exerce chez lui en faisant des paysages et des portraits de sa sœur. Les professeurs de l’école des beaux-arts de Hangzhou sont en majorité chinois mais il y a aussi des enseignants venus de l’Académie royale des beaux-arts de Bruxelles. Certains professeurs chinois ont été formés aux Beaux-Arts de Paris11. À la suite de l’occupation de la Chine par les Japonais, l’école des beaux-arts de Hangzhou déménage en 1938 pour s’installer à Chongqing (ou Tchoung-King), elle ne reviendra dans sa ville initiale qu’en 1946 après la Reconquête chinoise de 1945.

Très vite, Zao Wou-Ki ressent le besoin de s’éloigner de la peinture traditionnelle ou académique, et il a envie de chercher ailleurs une autre forme d’inspiration. Nommé assistant dans son école en 1941, le peintre présente sa première exposition à Chongqing et c’est son père qui lui achète sa première œuvre.

Il s’inspire de la peinture française à partir de cartes postales que son oncle lui rapporte de Paris, ou bien des pages des journaux reproduisant des peintures qu’il découpe dans des revues (Life, Harper’s Bazaar, Vogue). Il est donc d’une certaine manière en contact avec Paul Cézanne, Amedeo Modigliani, Auguste Renoir. Les solutions aux problèmes qu’il se pose sont chez ces maîtres, principalement Cézanne et Matisse, et non plus dans la peinture traditionnelle chinoise ou dans la peinture académique européenne.

En 1942, c’est lui qui organise au Musée national d’histoire naturelle de Chongqing, une exposition avec des œuvres de Lin Feng Mian, de Guan Liang, de Ding Yanyong, de Li Zhong-Sheng, d’inspiration surréaliste, et quelques-unes de lui-même. En 1946, il accompagne le retour de son école à Hangzhou. À 27 ans, en 1947, avec l’autorisation de son père, le peintre quitte son pays après une exposition personnelle à Shanghai.

Il considère qu’il n’en est encore qu’au stade de l’apprentissage. Il s’embarque à Shanghai avec sa première femme Lan-Lan (dont il dit plus tard : « Lan-Lan était musicienne de formation, puis s’était mise à la peinture. (…) Lorsque nous nous sommes mariés, j’avais dix-sept ans, elle en avait seize. Nous étions beaucoup trop jeunes… »)

Le 26 février 1948. Le couple débarque à Marseille plus d’un mois plus tard.

Il arrivé à Paris le 1er avril, Zao Wou-Ki s’installe dans le quartier du Montparnasse, dans un petit atelier rue du Moulin-Vert voisin de celui d’Alberto Giacometti. Il apprend le français à l’Alliance française, fréquente l’académie de la Grande Chaumière où il suit les cours d’Émile Othon Friesz. Il dira quelques années plus tard en 1976 que c’est à Paris qu’il a trouvé sa véritable personnalité. Il a choisi de s’y installer à cause de l’impressionnisme, pour lequel il éprouve une tendresse particulière. Ses amis sont à ce moment-là Norman Bluhm, Jean-Paul Riopelle, Nicolas de Staël, Sam Francis, Pierre Soulages, Maria Elena Vieira da Silva, Hans Hartung artistes venus de différents lieux géographiques, le Canada, les États-Unis, le Portugal, et l’Allemagne, qui se retrouvent à la galerie Nina Dausset, rue du Dragon.

Dès 1949, Zao Wou-Ki remporte le premier prix d’un concours de dessin dont le jury est composé de André Lhote et Marcel Gromaire. Il reçoit comme récompense une Histoire de la peinture occidentale éditée par Albert Skira. Sa première exposition parisienne, préfacée par Bernard Dorival ( » Il a été le premier qui ait su définir l’esprit de ma peinture. Il m’arrive de relire cette petite préface et je suis toujours ému de cette sollicitude ») a lieu la même année à la galerie Greuze, mais le jeune artiste a déjà été exposé en 1946 au musée Cernuschi par Vadime Elisseeff (fils de Serge Elisseeff) qui avait ramené de son voyage en Chine une vingtaine de ses toiles.

À l’imprimerie Desjobert il apprend les techniques de la lithographie. En 1950, c’est le galeriste Pierre Loeb qui vient visiter l’atelier du peintre, amené par Henri Michaux qui deviendra un ami proche. Le peintre travaille pour Loeb à partir de cette date jusqu’en 1957. Cette même année, Zao Wou-Ki participe au Salon de mai où il va exposer jusqu’en 1978 et présente ses premières lithographies à la galerie La Hune.

Une exposition de gravures organisée par l’éditeur, critique d’art et collectionneur suisse Nesto Jacometti à Berne et à Genève en 1951 permet à Zao Wou-Ki de découvrir Paul Klee. Pour lui, à Berne, une porte va s’ouvrir.

Régulièrement exposé à Paris à partir de 1952, puis en Suisse, à Bâle, et à Lausanne, aux États-Unis à Washington et Chicago, à New York où Henri Michaux écrit la préface du catalogue de l’exposition à la galerie Birch, Zao Wou-Ki est maintenant internationalement reconnu.

Roland Petit fait en 1953 appel à lui pour les décors du ballet La Perle sur un thème de Louise de Vilmorin, musique de Claude Pascal, chorégraphie de Victor Gsovsky. C’est à cette époque qu’apparaît une métamorphose de son art qui déroute les collectionneurs : « Ma peinture devient illisible. Natures mortes et fleurs n’existent plus. Je tends vers une écriture imaginaire, indéchiffrable », se souvient-il en 1976.

Durant plus d’un an son marchand ne vend aucune toile. Le 22 novembre 1954 s’ouvre au musée d’art de Cincinnati une rétrospective de l’œuvre gravé du peintre dont Nesto Jacometti publie le catalogue raisonné. À partir de 1955, Gildo Caputo et Myriam Prévotnote  voient en lui « l’un des tenants de l’abstraction lyrique qu’ils défendaient déjà du temps de la galerie Drouin et de la galerie Billiet-Caputo.»

Zao Wou-Ki se lie en 1955 avec Edgar Varèse auquel il dédie un tableau en 1964. Jean Leymarie raconte que le peintre devient « dès sa fondation à l’automne 1954, un des grands habitués du Domaine musical régi par Pierre Boulez en 1954 et en décembre de la même année, il assistait à l’exécution tumultueuse de Déserts, le morceau de Varèse où les intervalles de silence ont autant de force que le paroxysme sonore. Le peintre éprouve pour ce musicien une affectueuse vénération dont l’envergure sonore a retenti sur son œuvre. »

Pour surmonter l’épreuve que représente sa rupture avec sa première épouse Lan Lan au début 1957 le peintre parcourt le monde jusqu’en 1959. Il va à New York où réside son frère et il rencontre des artistes de l’école de New York qui deviendront des amis, notamment Franz Kline, Hans Hofmann, Adolph Gottlieb, William Baziotes et bien d’autres. Il apprécie la fraîcheur de cette peinture américaine spontanée. Puis avec Pierre et Colette Soulages, il visite un grand nombre de musées (San Francisco, Chicago, Washington, D.C.), très étonné d’y trouver tant de peintures françaises. Son périple voyageur le conduit ensuite au Japon à Tokyo, puis à Hong Kong. C’est là qu’il rencontre en 1957 celle qui va devenir sa deuxième épouse : Chan May Kan.

En 1957, quand il fait un court retour à Paris, le marchand d’art américain Samuel Kootz, qu’il a rencontré à New York vient visiter son atelier et le prend sous contrat. Il expose le peintre dans sa galerie jusqu’en 1967, date de sa fermeture. La même année, l’artiste est aussi sous contrat avec la Galerie de France dirigée par ses amis Gildo Caputo et Myriam Prévot. À partir de 1959 Zao Wou-ki se rend désormais chaque année à New York pour les expositions de ses œuvres chez Kootz, et il décide de changer d’atelier, le sien étant désormais trop étroit. Il s’installe rue Jonquoy dans un entrepôt transformé par l’architecte Georges Johannet qui a aussi réalisé l’atelier voisin de Vieira da Silva.

En 1964, il obtient la nationalité française grâce à André Malraux. Plus tard, Georges Pompidou possède une toile de lui dans son bureau.

Dans les années 1970, il créera plusieurs décors pour un service de table réalisé à la Manufacture de Sèvres et destiné au Ministère des Affaires Culturelles.

Il poursuit son œuvre illustrée avec des textes d’Arthur Rimbaud, Saint-John Perse. Il cesse de voyager pour s’occuper de sa deuxième épouse May Zao, de santé psychologique précaire, sujette à des rechutes, et il se réfugie dans son travail. Il ne fait que de courtes incursions hors de son atelier : à Dublin, Montréal, aux États-Unis, au Mexique. Pendant le Festival de Salzbourg, il est nommé professeur dans un séminaire municipal fondé par Oskar Kokoschka. Mais sa femme étant de plus en plus souffrante, il se remet à peindre des encres de Chine à cause, dit-il de leur plus grande facilité d’exécution. May Zao meurt le 10 mars 1972.

À la fin du même mois, le peintre part pour la Chine où les artistes réalistes socialistes tiennent le haut du pavé et où Zao Wou-Ki est considéré comme un peintre « déviant ». Sa jeune sœur Wou-She, maoïste convaincue, se demandait, à l’âge de douze ans, si « la peinture de Zao Wou-Ki servait le peuple.»

Le peintre retourne dans son pays en 1975 auprès de sa mère malade, en 1983 pour une exposition au Musée national de Pékin, et avec Françoise Marquet en 1985, « avec l’espoir que le communisme et Mao rendraient la dignité à son pays», bien que son père se soit suicidé pendant la révolution culturelle.

Dans les années ’70 il fréquente la galerie Alphonse Chave à Vence (Alpes-Maritimes) où il continue la lithographie avec Pierre Chave.

C’est en 1971 qu’il rencontre Françoise Marquet, alors qu’elle vient de passer le concours de conservateur des musées de la Ville de Paris. Elle publiera Zao Wou-Ki, estampes, 1938-1974 avec une préface de Roger Caillois. Zao Wou-Ki l’épouse en 1975.

Françoise Marquet l’aide à rédiger ses souvenirs après son retour en Chine. C’est un texte en forme de récit dans lequel il raconte qu’au moment de son retour en Chine « mon père aurait apprécié que je ne tienne pas compte des souffrances endurées par ma famille pendant ces deux années de révolution culturelle, et que je puisse aider la Chine un tant soit peu. »

En 1977, il acquiert un grand atelier dans le Loiret, qui lui permet d’expérimenter et de produire des œuvres plus ambitieuses, dont des polyptyques.

En 1981 une grande rétrospective de son œuvre est présentée aux Galeries nationales du Grand Palais à Paris, sous le commissariat de Jean Leymarie. L’exposition sera reprise dans cinq musées japonais, à Hong Kong, puis à Singapour.

Zao Wou-Ki exécute aussi des œuvres monumentales sur commande. La première est réalisée en 1983 à la demande de I.M. Pei pour L’Hôtel des collines parfumées, situé à 30 km de Pékin que l’architecte vient d’achever. L’œuvre se compose de deux panneaux à l’encre de Chine de 2,80 x  3,60 m. La deuxième est une mosaïque de 2 × 10 m pour le lycée Honoré-de-Balzac de Mitry-Mory construit par l’architecte Roger Taillibert.

L’aquarelle de Zao Wou-Ki est transposée en une mosaïque de 8 panneaux par Nora Vitorge-Cassin en 1984.

De 1993 à 1994, Zao Wou-Ki a été présenté successivement : à la FIAC par la galerie Thessa Herold en 1993 : Henri Michaux /Zao Wou-Ki : Pas de barbare en Asie; à la galerie Sapone de Nice; à New York où il reçoit le Praemium Imperiale – Award of Painting, organisé par le groupe Fuji, puis à Tokyo où il reçoit ce prix des mains de l’Empereur du Japon Sa Majesté Akihito et de son épouse l’Impératrice Michiko Shōda.

Jusqu’en 1998, date de son retour en Chine à Shanghai, les travaux de Zao Wou-Ki sont exposés en Espagne, à Saragosse, à Taïwan; à New York : Hommage à Pierre Matisse, avec des textes de Maria Gaetana Matisse et Ieoh Ming Pei) à la galerie Jan Krugier.

À Paris, pour fêter les cinquante années parisiennes du peintre, la galerie Thessa Herold expose des peintures récentes avec un catalogue préfacé par Yves Bonnefoy et intitulé La Pensée de Zao Wou-Ki, avec les textes écrits par l’artiste depuis 1948

Il meurt  le 9 avril 2013, il est enterré le 16 avril 2013 au cimetière du Montparnasse. Dominique de Villepin, ancien Premier ministre, et Claude Martin, Ambassadeur de France, lui rendent hommage à cette occasion.

#biographie

Source Wikipédia